JEAN GLIBERT 

"Pont du Midi"

 LOCATION 

Brussels, Belgium

PROJET

Jonction Midi-Chapelle, Bruxelles 

CONSTRUCTION

2003

Profitant des travaux de rénovation structurelle (2002) du pont de la Gare du Midi, cette charnière de la jonction ferroviaire Nord-Midi, la SNCB a associé un artiste pour sa mise en peinture et en lumière. Jean Glibert se met à la disposition du pont. Il en écoute les spécificités. Au travers de toutes les maquettes d’études, développées, construites ou non, il nous en révèle la nature : sa structure, sa forme, son mode de fabrication, son positionnement et son rayonnement dans la ville. Chaque maquette est précédée d’un plan de montage et se trouve en relation étroite avec la technique réelle de mise en oeuvre et de fabrication de l’ouvrage d’art. Les planches composées et leurs détails illustrent parfaitement la complexité de la réflexion qui sous-tend la simplicité apparente de la proposition finale. C’est là que l’on apprend que le pont est fait de trois entités décalées, engendrées par la non-orthogonalité du croisement routier et ferroviaire. La couleur est, pour Glibert, bien plus qu’une affaire de choix de nuances. Elle constitue un phénomène aux possibilités infinies : quantité, densité, surface, texture, réflectivité, proportion, échelle, énergie, interaction, interférences dans la vie de tous les jours, poésie. Comme chez Donald Judd, la couleur est chez Glibert quelque chose de physique, un matériau de plein droit. Elle peut signifier ou non mais, comme d’autres choses dans le monde, elle existe. Elle est langage autonome, expressif et structurel et non ajout décoratif. Glibert travaille la couleur de façon pragmatique comme la forme et l’espace. Le choix d’une dominante rouge vient de sa décision de caoutchouter le pont et le lieu, de les tenir ensemble et les faire vibrer. Dans ce lieu voué au trafic, au bruit, aux passages, aux changements perpétuels, le rouge, le noir et le gris contribuent au champ actif d’une expérience visuelle. La couleur établit le lien, le noeud mouvant, entre Midi et Chapelle mais aussi dessus et dessous du pont, notamment par la mise en couleur et lumière des porte-caténaires (non encore exécutés à ce jour). Le rouge se découvre progressivement. Le pont s’ouvre lorsqu’on passe par-dessous. Les couleurs et lumières du pont sont pensées comme matière (le caoutchouc, cette substance élastique). Les Led, les phares de voitures, le soleil levant ou couchant... les allument. Au lever du soleil, le pont flambe. Partant d’un rouge anti-rouille, Jean Glibert est passé progressivement à un rouge camion de pompier que Goethe nommerait un rouge pur, d’une intensité maximale. Les ponts et les portes-caténaires sont devenus l’armature spécifique des couleurs en résonance. Repère et signal, le rouge bouge, attire et semble proche. Il dynamise ce «point chaud» et cette zone «rouge» de Bruxelles. La «force réelle de la couleur» (Malevitch) a incorporé le lieu socialement et dans l’espace et dans le temps.